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Journée épique à moto sur les pistes bosniennes, 14 km en 5 heures ! (3/3)

C’est l’histoire de 14 malheureux kilomètres parcourus en 5 heures. La destination ? Lukomir en Bosnie-Herzégovine. Une épopée fantastique aux confins du monde civilisé qui nous a permis de redéfinir les mots obstination et folie. Dans cet article, nous te racontons cette journée épique sur les pistes bosniennes. Bonne lecture !

Itinéraire de la journée - 80 km

Le programme aujourd’hui ? Rallier Orahovica à Sarajevo.

On part confiant. Seulement 80 bornes à parcourir. On devrait arriver à Sarajevo en début d’après-midi. Ouais, ouais… on arrivera à 20h.

Konjic - Dzepi, Ça commence fort dès le début !

1ers obstacles : des montées caillouteuses sous 30°C

En sortant de Konjic, nous nous engageons sur des pistes de montagne pentues à souhait. On fait la grimpette en 1ère à 10km/h en respectant un régime moteur particulier qui permet de rester dans le couple sans trop chauffer. Accessoirement, Marion doit se taper la montée à pied et pousser l’engin par moments.

À 11h00, nous atteignons ce que l’on pense être le sommet. Nous faisons une pause bien méritée en se disant que ce n’était pas si compliqué finalement. On se fourre bien le doigt dans l’œil. Pourquoi ? Parce que ce n’était que le début ! D’autres obstacles vont se dresser sur notre chemin et ils seront beaucoup plus physiques ! En tout cas, ces premiers efforts sont largement récompensés car les forêts disparaissent au profit de vastes plaines. Nous passons par le village de Dzepi, la piste est plus facile. Quel bonheur de contempler ces grands espaces !

Dzepi - Lukomir, 14km en 5h (ça se passe de commentaires...)

Choix cornélien : traverser l’Antarctique ou gravir l’Everest ?

Benoît, le motard avec qui nous roulons depuis hier nous dépasse. Il faut dire qu’on n’a pas tout à fait le même rythme. Un peu plus tard, on le croise revenant en sens inverse. Qu’est ce qu’il se passe ? « il y a plusieurs passages avec plus d’un mètre de neige sur la route !! » En bécane, il pourrait passer, mais seulement avec nous en sécurité. En Ural, c’est compliqué surtout avec le ravin juste à côté. Nous commençons à déblayer un passage avec notre pelle (Il faut bien qu’elle serve une fois dans le voyage). Ça prend déjà un temps fou de creuser cette première section de neige pas très longue et peu dense. Alors les suivantes…

Comment faire ? Benoît part en éclaireur. Il y a une alternative mais ça implique de gravir une colline herbeuse à la déclivité vertigineuse. On tente ! C’est vrai, l’Ural est un tracteur, ça ne devrait pas poser souci.

Arrivés au pied de ce qui nous semble l’Everest, nous sommes confiants. Avec un peu d’élan, ça devrait le faire non ? Euh, comment dire… 1er essai infructueux. L’Ural montre ses limites et broute tout ce qu’il peut. Alors on enlève les bagages et on pousse. 3 ! 2 ! 1! Huuuuuh ! De délicates effluves aux notes de graphite venant de l’embrayage flottent dans l’air. Alors, on déshabille totalement Gobi : top-case, jerrican, sacoche à provisions, etc... 3 ! 2 ! 1 ! Huuuuh !!! Nous avançons tant bien que mal par saut de 5 mètres. Notre méthode ? Le zig-zag. Plutôt que d’affronter la pente de face, nous slalomons tel un skieur. Un skieur carrément en surpoids, mais quand même. Après une succession d’ultimes efforts, nous retrouvons la piste.

Mais ce n’est pas fini ! Il faut maintenant monter nos affaires ! Nos deux gros sacs, les bidons d’huile et d’essence sont portés par la moto. Mais nous devons jouer les sherpas pour le reste. C’est lourd ! A bout de souffle, nous sanglons les bagages, remontons le top case, rechargeons huile, essence et provisions. Ouf !! Il faut quand même ajouter que le décor est sublime, mirifique, extraordinaire, canon ! Bref, on est émerveillé !

« C’est bon, on peut la boire cette bière ? » Pas tout à fait, car il faut maintenant traverser une coulée de neige longue de 20-30 mètres…

Ça va passer ! La neige… c’est son élément à l’Ural ! Benoît se lance sur sa Husqvarna 701. Il perd rapidement l’adhérence de la roue arrière qui s’enfonce dans la neige. En poussant, on se sort assez facilement de cette situation. Un véhicule de passé ! Youpi ! En même temps, avec 72 chevaux pour 160 kilos, c’est faisable. Quid de l’Ural ? Le tableau est un peu moins flatteur avec 42 chevaux pour 400 kilos.

Plein d’optimisme, on se lance !! On parcourt 5 mètres avant d’être bloqués. Plus aucune adhérence. Comment faire ? Rebelote. Nous enlevons les bagages, le top-case, le jerrican d’essence, etc… puis nous poussons pour gagner 2 mètres. Clairement, nos 3 paires de bras ne suffisent à mouvoir le 3 pattes soviétique sur cette coulée blanche.

Comment faire ? Nous tirons une corde entre la bécane de Benoît et l’Ural. La 701 devrait apporter une traction suffisante pour nous sortir de là. En parallèle, nous installons notre roue de secours équipée d’un pneu à crampons K37 sur le panier. Pourquoi pas sur la jante arrière de la moto ? Parce qu’avec le devers, c’est le panier qui devrait offrir le plus d’adhérence.

Nous voilà lancés dans un changement de pneu mémorable à pelleter la neige pour pouvoir loger le cric posé sur un caillou. C’est avec les mains violacées que l’on finit le montage. On redémarre et c’est reparti !! Un coup de 2WD et le pneu K37 fait le job à la perfection. Il parvient à mouvoir tout l’attelage ! Enfin… lui et nous. Parce qu’on est quand même 3 à pousser la machine… On sort enfin de cette coulée de neige.

Il reste 3km de piste avant d’atteindre Lukomir. Notre plus grande crainte ? Tomber sur un obstacle infranchissable, car il n’y a plus de retour en arrière possible. Par chance, mise à part une montée un peu raide, nous ne rencontrons aucune difficulté. Arrivée à Lukomir vers 16h. On aura mis 5h pour parcourir 14km. Belle performance !

Notre récompense ? Atteindre un bout du monde

Tout ça pour quoi ? Pour atteindre Lukomir pardi !!

On ne va pas te mentir, tous ces efforts valaient LARGEMENT la peine. Cette bière, dégustée sur le flanc de la montagne surplombant un canyon démesuré, est l’une des meilleures que nous ayons savourées ! Nous contemplons alors les moutons qui paissent tranquillement au sommet. Un sabot de travers et ils dégringolent plusieurs centaines de mètres plus bas.

Lukomir est un vieux village situé au bout du monde. Un hameau de paysans blotti en bord de falaises offrant des points de vue grandioses. Un spectacle à couper le souffle. C’est merveilleux.

La journée n’est pas finie, il faut rejoindre Sarajevo !

Quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Oh non, il ne manquait plus que ça ! Notre dernière épreuve de la journée : une pluie d’orage. Nous reprenons la piste. Des cailloux, des nids de poule, des troupeaux de moutons… Cette fois-ci rien de bien difficile à franchir. La pluie s’arrête et les paysages sont toujours aussi magnifiques.  On profite ! Après une 20aine de kilomètres nous retrouvons du bitume. ENFIN !! Puis, une heure après nous atteignons Sarajevo. Il est 20h, c’est bien loin de nos pronostics optimistes matinaux.

Tu te poses peut-être une question : pourquoi ne pas avoir fait demi-tour au premier obstacle ?

Si nous n’avions pas été tous les trois, aucun de nous ne se serait entêté à poursuivre cette voie. Un demi-tour d’une 20aine de kilomètres et nous serions arrivés à Sarajevo bien plus tôt. Mais, on n’aime pas faire demi-tour et l’objectif était d’atteindre Lukomir. Et puis, nous avions déjà bien morflé avant pour se dire « on abandonne ».

La moto nous permettait de jouer les éclaireuses et nous avions 3 paires de bras pour pousser si besoin. La journée était belle, les paysages somptueux… n’est-ce pas les meilleures conditions pour un peu de folie et de challenge ?

Alors, quelle morale tirer de cette histoire ? Que l’on savoure d’autant plus les belles choses quand elles sont méritées ? Sans faire de truisme de comptoir, les galères et les épreuves marquent la mémoire. Alors oui c’est sûr, Lukomir on s’en souviendra longtemps !
Et en prenant un peu de recul, on en arrive à se demander : « est-ce qu’on ne cherche pas la m*** ? » C’est vrai, partir à l’autre bout du monde avec une bécane peu fiable, privilégier la piste à la route, bivouaquer par des températures proches de 0°C,… Même si cela ressemble à des épreuves que l’on s’impose à soi-même, il y a souvent une bonne raison derrière. Pourquoi ? Pour se sentir vivant ? Pour provoquer des rencontres ? Pour graver des souvenirs au fer blanc dans nos mémoires ? On te laisse méditer. Bonne route à toi !!
>> As-tu lu les autres articles sur nos péripéties en Bosnie-Herzégovine ?

3 commentaires sur “Journée épique à moto sur les pistes bosniennes, 14 km en 5 heures ! (3/3)”

  1. Tout ceci donne vraiment envie d’aller se perdre …à la porte juste à côté. Comme quoi l’aventure , c’est aussi en Europe qu’on peut la vivre .

  2. Salut vous deux,
    ça va faire rengaine, mais vos articles sont toujours aussi intéressants, et les photos aussi belles.
    Bravo pour la galère et pour ne pas avoir lâché le morceau. C’est top.
    Eric
    p.s. : j’ai changé d’adresse mail, et ne veux pas rater la suite. voir la nouvelle dans le commentaire

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