Initiative écolo : de la vaisselle 100% biodégradable fabriquée au Laos

Il y a quelques semaines, nous avions participé à un atelier sur l’artisanat laotien. On y avait rencontré Samuel au Nahm Dong Park. Quel rapport avec cet article ? Et bien, à la fin de la journée, il nous glisse à l’oreille : « au fait, je reçois bientôt une machine pour faire de la vaisselle à partir de feuilles » Il n’en fallait pas plus pour exciter notre curiosité 🙂 2 semaines plus tard, on reçoit un petit message « j’ai reçu la machine, vous voulez venir voir ? »
Nous, on adore les initiatives comme ça un peu sorties de nulle part, mais surtout avec un objectif carrément louable : proposer une alternative aux emballages plastiques. ça vous intéresse aussi ? Samuel, leader sur ce projet, a bien voulu répondre à nos questions. Bonne lecture !

Samuel, qu'est ce qui t'a mené à lancer ce projet ?

Alors, comment te l’expliquer simplement… J’ai toujours été sensible à la cause écologique. Permaculture, artisanat, etc… ça m’a toujours intéressé. Après j’ai commencé à travailler au Nahm Dong Park et le courant est tout de suite bien passé. On partage les mêmes valeurs et ils me laissent carte blanche pour mener mes expérimentations bizarres 🙂 Bon pas toutes, mais quand même !

Quand j’ai découvert la technique pour fabriquer de la vaisselle à partir de cosses d’aréquiers, ça a tout de suite fait tilt. C’est un arbre très présent au Laos, alors ça pouvait bien marcher. Surtout que c’est un pays où la conscience écologique est quasi-inexistante, donc ça ne peut faire que du bien de proposer de nouvelles idées comme celle-là.

La matière première est la cosse d'aréquier, pourquoi ?

La technique a d’abord été développée en Inde.

Pour cela, ils se sont servis d’une matière première abondante dans le pays : l’aréquier. L’Inde est d’ailleurs le premier producteur mondial. Quid du Laos ? Et bien, c’est quasiment pareil. On peut trouver cet arbre dans tous les recoins du pays. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a choisi cette technique. ça n’aurait pas de sens si l’on devait importer la matière première, non ?

Nous nous approvisionnons auprès des locaux qui vont en chercher dans les forêts aux alentours. Les chasseurs, cueilleurs et agriculteurs du coin nous apportent des cosses régulièrement. Nous leur achetons avec plaisir, car pour nous, on ne peut pas faire plus local, et pour eux ça fait un complément de revenu.

Comment fabrique t-on cette vaisselle végétale ?

Le processus est assez simple. Il est basé sur le thermoformage. On vient placer la cosse dans des moules qui sont chauffés à haute température. En ajustant le temps de « cuisson » et la chaleur, on peut contrôler la qualité du produit fini.

La variable cruciale, c’est l’humidité de la matière première. Si la cosse est trop sèche, elle va craqueler. Si elle est trop humide, elle ne se tiendra pas.

Il faut donc jouer avec ces trois paramètres. Ce n’est pas évident et ça nécessite de trouver les bons ajustements.

Quelles sont les possibilités offertes par cette méthode ?

En fait, elles sont quasi-infinies. Plutôt cool, non ? Ce sont les moules qui donnent la forme à l’objet. En les changeant, on peut faire des assiettes, des couverts, des emballages, des bols, etc…

De plus, on s’est rendu compte que la matière première aussi était modifiable. A la base, la technique a été développée pour la cosse d’aréquier. Mais on s’est dit : pourquoi ne pas essayer avec d’autres matériaux ? On s’est donc mis à faire des tests avec des feuilles de bananiers et de bambou. Bon, c’est pas encore parfait… Mais c’est super prometteur pour la suite. Il nous reste des heures à ajuster, développer, tâtonner, réessayer, mais c’est ça qui est motivant dans ce projet !

Evidemment, vient la question du prix. Est-ce un procédé compétitif face au plastique?

Comment rivaliser avec une industrie de masse ? C’est malheureusement impossible. Surtout à notre échelle où la production est très limitée.

Pour donner une idée du prix, la cosse d’aréquier nécessaire pour faire un emballage jetable nous coûte 250kips/pièce (soit environ 30 centimes d’euros). A titre d’info, le même emballage en plastique est à 200kips/pièce. Si on ajoute l’amortissement de la machine, les locaux, les salaires, etc… on ne peut pas être compétitif.

Le choix final, c’est donc le consommateur qui le fera. Sera-il prêt à payer un peu plus pour polluer moins ? La réponse parait évidente pour nous européens, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

C’est pourquoi nous vendons nos produits principalement à des établissements en lien avec le tourisme. Restaurants, agences de voyages, hôtels, avec une majorité de clients occidentaux, ils sont sensibles à la cause écologiques.

Notre objectif n’est pas de révolutionner un mode de consommation. L’idée est avant tout d’éveiller la conscience écologique et de proposer des éléments de réponse. Cette technique n’est pas encore au point, mais elle a le mérite d’exister. Et on espère que cela va inspirer d’autres personnes !

Produire des emballages à partir d’une matière naturelle abondante, c’est un beau projet non ? En tout cas, nous, ça nous motive de voir que des petites initiatives locales se mettent en place.
Un gros merci à Samuel et au Nahm Dong Park pour leur engagement et le temps qu’ils nous ont accordé. On leur souhaite toute la réussite qu’il mérite ! Et si le sujet vous intéresse, restez connectés car on a d’autres projets super intéressants à vous présenter 🙂 A bientôt !
 
>> Lire l’article sur comment calculer son budget pour un road trip.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *